Entre envie de rester en emploi et souhait de partir plus tôt, les travailleurs seniors aspirent à une fin de carrière plus flexible
30 septembre 2026
Après une première enquête menée en 2024 auprès de 433 entreprises romandes, le programme AvantAge de Pro Senectute donne aujourd’hui la parole aux travailleurs seniors. Réalisée par l’institut MIS TREND sur un échantillon de 1’446 Romands âgés de 45 à 70 ans, l’étude met en lumière des réalités contrastées : les seniors se projettent largement dans leur emploi à cinq ans, mais près d’un sur deux souhaite partir à la retraite avant 65 ans. Les perspectives de réemploi se réduisent avec l’âge et la retraite reste peu préparée. Tour d’horizon des principaux enseignements.
Des seniors qui souhaitent rester, malgré des perspectives d’évolution limitées
Loin d’être démobilisés, 72% des actifs de 45 à 65 ans s’imaginent toujours chez leur employeur dans cinq ans et 86% considèrent que leur profil correspond aux exigences de leur poste. Leur quotidien professionnel est également vécu positivement : 90% estiment bien s’adapter aux changements, 96% collaborent facilement avec les générations plus jeunes et 86% se sentent intégrés et respectés. Cette volonté de rester dans l’entreprise s’accompagne toutefois d’attentes importantes. 70% souhaitent une adaptation du travail en fin de carrière, alors que seuls 13% déclarent en bénéficier. La flexibilité des horaires et du taux d’activité figure parmi les principales attentes exprimées. Si les seniors se projettent encore dans leur entreprise, 66% considèrent ne plus avoir de perspectives d’évolution et 50% craignent que leur âge limite les opportunités qui s’offrent à eux.
Partir avant 65 ans : le vœu d’un senior sur deux
Paradoxalement, cette envie de rester en emploi va de pair avec une forte aspiration à partir plus tôt : 48% des personnes interrogées aimeraient prendre leur retraite avant l’âge légal, tandis que seulement 8% envisagent de travailler au-delà de 65 ans. Ce souhait ne traduit pas pour autant un rejet du travail. Parmi ceux qui envisagent un départ anticipé, 65% évoquent d’abord l’envie de profiter de leur vie personnelle et 54% la fatigue ou la santé, devant les conditions de travail (28%) ou la pression (13%). 35% privilégient un départ progressif, notamment par une diminution du taux d’activité (86%). Parmi les retraités interrogés, seuls 14% en ont bénéficié et 24% ne l’ont pas eu mais l’auraient souhaité.
L’âge perçu comme le principal frein au réemploi
L’enquête met également en évidence une autre réalité de la seconde partie de carrière : les seniors ont confiance dans leurs compétences, mais beaucoup moins dans leurs perspectives de retrouver un emploi. Seuls 42% des salariés pensent pouvoir retrouver facilement un poste équivalent. Cette proportion passe de 58% chez les 45 – 49 ans à seulement 22% chez les 60 – 64 ans. L’âge est cité par 60% des salariés comme le principal frein au réemploi. La situation est plus marquée encore parmi les personnes au chômage : 86% jugent difficile de retrouver un poste équivalent et 78% considèrent que leur âge réduit fortement ou très fortement leurs chances d’obtenir un entretien.
Des attentes accrues envers les entreprises et les pouvoirs publics
Deux ans après l’enquête menée auprès des entreprises romandes, le regard des salariés révèle un décalage de perception quant aux efforts déployés : seuls 11% estiment que les entreprises en font assez pour garder ou attirer les seniors, contre 28% des employeurs en 2024. D’autres attentes émergent : 67% souhaitent du mentorat entre seniors et juniors, 66% une planification de fin de carrière et 65% des horaires ou un taux d’activité adaptés. Dans les faits, ces mesures ne sont proposées qu’à respectivement 19%, 18% et 13% des répondants. Pour les seniors, l’enjeu dépasse toutefois le seul cadre de l’entreprise : 77% estiment que les pouvoirs publics doivent agir pour favoriser l’emploi des seniors et 62% considèrent que la responsabilité doit être partagée entre entreprises et pouvoirs publics.
La retraite préoccupe mais se prépare encore trop tard (d’autant plus si l’on veut partir plus tôt !)
L’aspiration à partir plus tôt contraste avec une préparation encore limitée de la retraite : 48% des non-retraités se disent préoccupés, avec des écarts marqués chez les inactifs (26% de très préoccupés contre 15% des actifs) et les foyers modestes (22% contre 9% des plus aisés). Les préoccupations portent avant tout sur les finances (70%) et la santé (56%). Pourtant, seuls 45% ont commencé à préparer leur retraite et 13% s’y consacrent activement, alors que 43% des personnes interrogées sont ou auraient été intéressées par un accompagnement dans cette démarche. Lorsqu’elle est engagée, la préparation reste avant tout financière : 76% citent le 3e pilier ou l’épargne, tandis que les dimensions non financières restent marginales, comme les occupations et loisirs (1 %). L’anticipation progresse à mesure que l’échéance approche : elle concerne 33% des 45 – 49 ans, contre 67% des 60 – 64 ans. Des écarts apparaissent également selon le sexe et le revenu : 40% des femmes ont commencé à préparer leur retraite contre 51% des hommes, et 36% des foyers modestes contre 58% des foyers aisés.
L’enquête montre ainsi que les dernières années de la vie professionnelle ne peuvent plus être envisagées de manière uniforme. Plus qu’une opposition entre rester ou partir, elle fait ressortir le besoin de pouvoir davantage choisir sa fin de carrière et les conditions dans lesquelles la poursuivre. « Avec les départs à la retraite des baby-boomers, bientôt suivis par ceux de la génération X, conserver les compétences devient un enjeu majeur pour les entreprises : alors que près d’un senior sur deux souhaite partir avant l’âge légal, favoriser leur employabilité suppose de créer les conditions qui leur donnent envie de rester en emploi jusqu’à la retraite, voire au-delà. » souligne Costantino Serafini, directeur du programme romand AvantAge de Pro Senectute.
L’enquête a été réalisée par MIS TREND auprès de 1’446 Romands âgés de 45 à 70 ans, par questionnaire en ligne auto-administré, entre le 14 juin et le 7 juillet 2026. Les résultats ont été pondérés afin d’assurer la représentativité de la population romande dans chaque canton. La marge d’erreur maximale est de ± 2,6%.
Le programme AvantAge de Pro Senectute offre de nombreuses prestations d’accompagnement et de formation pour aider les entreprises à maintenir l’employabilité des personnes entre 45 et 65 ans, et de les soutenir dans leur préparation à la retraite.
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